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ARTISTES : L’éditeur, qui est-ce, à quoi sert-il ?

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Dans la sphère musicale, qu’est-ce qu’un éditeur ? Quel est son rôle exactement ? C’est l’une des questions que se posent bien des artistes, auteurs ou compositeurs en démarrage de parcours. Il faut dire que c’est certainement le métier le moins connu de l’écosystème de la musique. Le moins communiquant aussi. D’où le flou et la confusion qui l’entourent. D’où aussi la longueur de mon explicatif.

Son véritable intitulé est « éditeur graphique », un terme qui lui reste depuis son apparition qui a suivi de peu celle de l’imprimerie (ce qui nous renvoie au… XVIe siècle). À l’époque, les compositeurs qui devaient écrire à la plume, à la lueur d’une bougie, les partitions de leurs œuvres en autant d’exemplaires que de musiciens, se sont tout naturellement tournés vers des imprimeurs pour dupliquer. Beaucoup étaient sans le sou et ont proposé aux imprimeurs un deal très simple : « Je n’ai pas de quoi vous payer, acceptez d’imprimer mes partitions et en échange je vous cède le droit de les exploiter (les vendre) ».  Le terme « graphique » se rapporte donc au rôle originel de l’éditeur concernant les partitions des œuvres.

Et pour ajouter à la confusion, on parle aussi dans le secteur musical de l’éditeur « phonographique ». Ce qui n’a rien à voir, il s’agit d’un tout autre métier : celui qui commercialise les enregistrements (d’où l’adjectif « phonographique »).

Avec le temps, l’éditeur a vu son rôle évoluer et se diversifier. La vente de partitions relève toujours de ses prérogatives mais ne représente plus aujourd’hui qu’une part très marginale de ses revenus, et de sa fonction, qui est devenue multi-facettes. C’est tout d’abord la recherche, la découverte et la signature d’auteurs (ou paroliers) et de compositeurs. Il s’agit ensuite de trouver à chacun son binôme, le bon compositeur pour le bon auteur, et réciproquement. L’éditeur joue alors les marieuses, on appelle ça « monter des équipes créatives ».  Une étape que saute évidemment l’éditeur lorsqu’il a affaire à un auteur-compositeur, qui signe donc lui-même les textes et la musique d’une même œuvre. L’œuvre complète, une fois créée, doit ensuite être interprétée pour être diffusée. Le rôle de l’éditeur est alors de placer les œuvres qu’il a en édition auprès d’artistes-interprètes. Là encore, c’est une étape qui saute lorsqu’on a affaire à un auteur-compositeur-interprète (A.C.I.), à savoir un artiste qui interprète ses propres chansons (dont il a créé les paroles et la musique). Généralement, le public ne sait pas, quand il écoute un artiste, si celui-ci est le créateur de la chanson ou pas. Et dans ce cas, à chaque nouvel album, à chaque renouvellement d’un répertoire spectacles, l’artiste – et/ou son manager et/ou son label (lorsqu’il est signé) – doit rechercher des chansons qui lui conviennent. Dans ce cas, ce sont les éditeurs qu’on sollicite. Lesquels vont soit proposer à l’artiste des chansons déjà créées (mais pas encore interprétées), soit faire travailler leurs équipes créatives (auteur + compositeur) pour créer des chansons sur mesure, qui collent avec l’artiste, sa personnalité vocale, son registre musical et son univers.

Une fois l’œuvre interprétée, l’éditeur a en charge de veiller à son exploitation. Et ce, de toutes les façons possibles : enregistrement, diffusion (radio, TV, clubs…), interprétations live (concerts) et ce qu’on appelle musique à l’image, à savoir synchronisation d’une musique dans un film, une série TV, un documentaire, un spot publicitaire, un jeu vidéo, etc.  L’éditeur, qui s’engage à assurer une exploitation permanente et suivi des œuvres, a aussi en charge la protection de celles-ci, ainsi que le suivi et l’administration des droits. En fait, l’éditeur est en quelque sorte le « manager » de l’œuvre.

Pour son travail, Ancreil perçoit une part des droits d’auteur générés par l’exploitation de l’œuvre pour laquelle il a signé avec le(s) créateur(s) un contrat dit de « cession éditoriale ». Comme je l’avais expliqué ici-même dans mon article #1 sur la répartition des droits d’auteur, l’éditeur touchera 1/3 des droits d’exécution publique (DEP) générés et 50% des droits de reproduction mécanique (DRM). Et cela pendant toute la durée de protection des œuvres qui est de 70 ans en Europe.

Lorsque, au cours des diverses formations que je suis amené à assurer, j’explique le rôle multi-facette de l’éditeur, je suis régulièrement confronté à des propos très tranchés de créateurs et d’artistes qui y perçoivent une forme de « proxénétisme » (terme plusieurs fois entendu) : « L’éditeur n’est pas intervenu dans la création de mon œuvre. À quel titre, prendrait-il 1/3 ou 50% de mes droits d’auteur ? ». Rappelons ici que ces taux de répartition ont été définis et validés par la Sacem dont le conseil d’administration est composé à part égales d’auteurs, de compositeurs et d’éditeurs de musique. Soulignons par ailleurs que l’éditeur investit aussi dans la création sous plusieurs formes (avances, primes de commande, contribution au budget d’un clip, tour support…) et qu’il est bien souvent le premier partenaire économique de la musique, le plus en amont de la filière. Il parait donc logique qu’il bénéficie d’une part des droits qu’il a contribué à générer en gérant et optimisant l’exploitation des œuvres. Certains, en méconnaissant totalement le travail de l’éditeur, en ont une vision caricaturale et pensent pouvoir eux-mêmes assurer ce travail, sans avoir à partager leurs droits d’auteur. Mais pour quel résultat ? Mon commentaire, pragmatique et objectif, est toujours le même : ne vaut-il pas mieux avoir un pourcentage de quelque chose que de conserver 100 % de zéro ? Éditeur est un vrai métier.

 

Auteur : Gildas Lefeuvre

 

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