Peut-être ne l’avez-vous jamais observé, mais la relation entre le musicien et son instrument est empreinte de mystère. Avez-vous remarqué, par exemple, que ce pianiste passionné ne frappe pas les touches de son piano, mais qu’il les caresse ? Et ce violoniste, savez-vous seulement qu’il tient à son stradivarius comme à la prunelle de ses yeux ? Et qu’en est-il de se batteur en osmose avec ses toms et ses cymbales, qui semble entrer dans une autre dimension lorsque ses baguettes marquent le rythme ?

Au sens le plus strict, l’instrument se range dans la case des objets, au même titre qu’un arrosoir, un T-Shirt un peu délavé ou un micro-ondes. L’instrument ne respire pas, ne réfléchit pas, ne ressent pas, bref, il n’est pas vivant. On ne peut donc décemment pas parler d’une relation entre le musicien et son instrument ! Et pourtant, pour bon nombre de mélomanes, leur instrument n’est pas un objet comme un autre. Sans pouvoir le décrire tout à fait, comme une intuition, il leur semble bel et bien qu’il porte une flamme un peu surnaturelle, une aura, difficile à dépeindre…

Un sentiment qui pourrait s’expliquer par le caractère si sensuel, sensoriel, de l’instrument, avec qui l’on va vibrer, que l’on va toucher, sentir… Car jouer de la musique, c’est investir son corps : pour réaliser un morceau, on se plie, on se courbe, on projette son souffle, son énergie. Le geste musical comporte une part de souffrance acceptée, où le musicien choisit de s’oublier au profit de son instrument, qui se mue alors en un prolongement de lui-même. L’homme et de l’objet vibrent à l’unisson.

Contrairement à un objet lambda, l’instrument se démarque également en ce qu’il véhicule de la sensibilité. Le musicien donne vie à l’instrument : il y met son cœur, il y porte ses émotions, ses intentions, ses besoins d’expression. L’interprète raconte une histoire et se raconte, en empruntant à l’instrument son langage : la musique. Rythmes, mélodies, crescendo, improvisations musicales, prouesses techniques… autant de nuances qui permettent de créer des moments d’émotions partagées, comportant un petit quelque chose de magique, une part d’inexpliqué. Et lorsque le musicien s’oublie, lorsqu’il transfère son mental, son cœur, son âme, sa personne entière, dans l’instrument… alors la magie opère, et la fusion semble si puissante qu’on croit voir deux entités, qui ne forment plus qu’un.

Autre caractéristique dont peu de catégories d’objet peuvent se targuer : l’instrument inspire le respect. Il a été désiré, choisi, puis apprivoisé. Le musicien a grandi artistiquement avec lui, a vécu des épisodes importants dans son développement personnel. De l’apprentissage acharné, aux premières démonstrations publiques – mais en petit comité, pour commencer humblement -, en passant par les premières salles de spectacles, les succès et les échecs… L’instrument incarne à lui-seul les étapes-clé dans la vie du musicien, qui va le respecter, le chérir, le protéger.

Alors, bien sûr, l’instrument reste un objet, avec lequel tous les musiciens n’entretiennent d’ailleurs pas forcément un lien particulier. Mais ce n’est pas un objet comme un autre. Il vous accompagnera dans des aventures, vous fera grandir, vous ouvrira même peut-être des portes… alors, partez à sa rencontre, choisissez-le avec soin, protégez-le… et laissez-la magie opérer !