Bonjour Nery Catineau ! La scène locale, c’était où et en quelle année ?

En ce qui me concerne, la scène locale a été pour tous mes projets musicaux, que ce soit les Nonnes Troppos, les VRP ou sous mon nom propre, le terrain d’échanges et de rencontres fantastiques. Avec les Nonnes Troppos et les VRP nous avons eu la chance d’entrer dans une famille dite « Rock alternatif » relativement unie et chaque petit lieu de concert dans toute la France, mais aussi en Suisse et en Belgique était une puissante caisse de résonnance et le pilier de ponts qui nous permettaient d’aller à la rencontre des publics.

Quels sont les souvenirs gravés de cette époque ?

Le meilleur souvenir et celui que je souhaite à tous les groupes c’est l’insouciance qui donne des ailes et le réseau qui permet de se faire entendre et de partager cette insouciance.

Une anecdote ?

Les anecdotes sont nombreuses mais je me souviens de plusieurs moments forts de tournée :

Premièrement : Avec les VRP, nous étions en tournée avec la Mano Negra, et chaque soir nous faisions des apparitions en scène un peu sauvage pendant leur concert. Je revenais du Sud-Ouest et avait rapporté un sublime foie gras que je voulais partager avec les copains et, habillé en Super-man, j’ai débarqué sur scène en fonçant sur eux avec un plateau bien garni à la main. Manu me voyant arriver à choppé le plateau et, au lieu de partager et de faire circuler, a shooté dedans et j’ai poussé un cri d’horreur avant de rire et m’asperger de bière.

Deuxièmement : Dernier concert des VRP au Zénith de Montpellier : Nous étions avec Noir Désir et quelques jours auparavant, Bertrand Cantat avait fait un malaise en scène du côté de Besançon et s’était évanoui. Du coup, une idée m’est venue et j’ai voulu revivre cet instant que nous n’avions pas vécu avec le public. J’ai raconté la mésaventure de Bertrand et proposé aux spectateurs de rendre hommage à la fragilité du héros en faisant comme lui. J’ai dit, en suite, « je vais compter jusqu’à 3 et, à 3, nous allons tous, mais, s’il vous plait, vraiment tous, nous évanouir ! »

J’ai compté jusqu’à 3 et là, je me souviens d’un bruit sourd et très impressionnant, de tout le public compressé dans ce Zénith plein à craquer, tombant les uns sur les autres et nous sur scène qui avions fait pareil. Un moment incroyable de délire collectif !

ET Je garde un souvenir amusé et ému de notre passage à l’Olympia (l’ancien Olympia avec les vieilles loges et le bar « Marilyn » et notre gros chien Louis-Guy qui allait et venait des loges à la scène comme chez lui.

Je me demande si on peut encore venir à l’Olympia avec son chien en liberté.

Quel regard sur la scène locale aujourd’hui ?

En travaillant au Chantier des Francos comme intervenant et en suivant le parcours des groupes d’aujourd’hui, je me rends compte qu’il existe d’autres formes d’organisations et que des réseaux se créent et s’organisent différemment.

Nous avions la chance de pouvoir jouer dans des lieux improbables et pas toujours aux normes et ça collait bien avec notre esprit.

Aujourd’hui les lieux sont plus identifiés et obligés à une certaine normalisation ce qui les contraint à se professionnaliser et donc force les groupes à l’être aussi. Disons que nous étions de jeunes punks insouciants et que, maintenant,  les groupes sont presque des petites « start-ups » . Ce n’est pas une critique, mais un constat. Aujourd’hui pour faire connaître son projet il faut être communicant, dans le sens commercial et outillé et surtout il faut être au top de plus en plus tôt. Plus le droit au doute de peur d’être massacré. Pourtant le doute c’est l’un des chemins de la création et de l’inventivité.

Une dédicace a www.scenes-locales.com  :

Vous êtes la preuve même de ces formes d’outils nés de la communication. Avant, nous aurions fait des heures de camion en disant des bêtises pour passer le temps, afin de venir vous rencontrer et discuter de musique et de tournées. Vous êtes ce que le fanzine était à notre époque : un lien entre ceux qui rêvent et veulent vivre leur rêve et le partager. Bonnes routes à tous ceux qui vous traversent, vous lisent et vous utilisent pour briller dans le ciel et s’ouvrir.